Voyage en reconnaissance pour un séjour au nord de l'Angleterre

Scarborough

Christian m’a appelé ce matin. Bien sûr on a parlé de Vroam, du programme à venir, on a discuté de tout de rien et puis il m’a demandé « Tu n’f’rais pas un p’tit papier sur Scarborough ?». J’ai répondu oui. Pour voir le petit album de photos d'Eric, un clic sur le drapeau du Yorshire:1200px FlagOfYorkshire.svg
Et me voilà devant l’ordi. L’angoisse de la feuille blanche ? Absolument pas. Mais quoi écrire ? Un récit chronologique ? Peu d’intérêt et rébarbatif ! L’amitié des copains ? A Vroam ça va de soi et tout le monde sait à quoi s’en tenir à ce sujet. La route en Angleterre. ? Presque tous les Vroameuses ou Vroameurs ont usé leurs gommes sur les voies de gauche. La météo en Grande Bretagne ? Même pas typique ; on a du beau temps tout le long de ce cours séjour ou presque. J’oubliais, la course sur ce petit circuit de 3.2 km ? Oui, peut-être, pourquoi pas ?

Un Clic sur la carte pour l'album complet D'Eric, et celui de Paul sur le blason de York, à droite:1200px Blason ville uk York Yorkshire.svg
yorkshireMais, vous, avez-vous déjà ressenti ce sentiment bizarre ? Vous avez envie de partir. Comme cela, rien que pour le plaisir de partir. Larguer les amarres. Brancher la boussole plein Nord et avancer. On voudrait rouler jour et nuit. Se poser n’importe où, repartir et recommencer à l’infini. Les Anglais qui sont de grands navigateurs ne s’y sont pas trompés. Même sur leurs panneaux d’autoroute ils affichent clairement (même si souvent il y a de la brume » The North. Oui c’est cela au départ qui m’a attiré de nouveau dans ce pays. Aller nulle part ou n’importe où simplement en montant au Nord. C’est de cela que j’avais envie. Bien sûr, le monde moderne nous impose des contraintes. Il fallait trouver des hôtels, des restaurants. Mais l’idée me plaisait « Aller au Nord ».DSC 0050 petit
J’ai embarqué sur une coquille de noix une dizaine de copains. Eux aussi, je l’espère, avaient callé leur boussole sur « The Nord ». Comme un marin, le matin, je me suis levé tôt. Avec les autres matelots nous avons bu un café bien chaud. Le monde dormait encore autour de nous. Nous discutions peu, tout engourdis au sortir d’une nuit bien courte. Il fallait rejoindre le port. Ah ! Cette courte route le matin quand tout est encore sombre, à la queue leu leu ! La petite lumière des feux arrière des motos des copains comme seul fanal pour nous guider. On ne voit que cela, mais on sait qu’ils sont bien là, on sent, on respire leur présence. Ah ! qu’on est bien ensemble, embarqués vers une même destination.
Jusqu’au navire c’est Christian, ce vieux loup des mers du Nord et d’Irlande, qui prend le quart. Nous le suivons instinctivement, machinalement. A cette heure l’esprit est lui aussi embrumé. Mais a-t-on besoin de réfléchir quand tous les sens sont sollicités par la magie de cet instant. Oui, j’adore ces quelques kilomètres qui nous conduisent de notre petit hôtel de marins d’un jour, à notre quai d’embarquement. Notre route vers le Nord commence ici.
DSC 0110 petitIl faut passer les postes de contrôle et enfin embarquer. Le tapis entre le quai et le bateau, bouge un peu et glisse. L’ambiance est là. Il faut amarrer les motos. Matelots de second rang, nous effectuons nous même la manœuvre. La main n’est pas très assurée, mais l’œil est vigilant. On accroche, on sangle, on cale, on tend, on regarde une dernière fois. On interroge le copain qui tel l’officier inspecte et confirme. Mais chez nous pas de galons qui vaillent ! Dernière inspection et nous voilà sur le pont. Les mouettes nous saluent. On va partir. On largue les amarres. Cette fois on y est, en route vers le Nord !
Le monde se refait sous nos yeux mais à l’envers. C’est nous qui débarquons à Douvres. Changement de DSC 0155 petitquart.. C’est Mike qui sera à la manœuvre. Derrière, il suffit de suivre. Le bonheur est total. Les moteurs ronronnent, les copains sont là. Un peu devant, un peu derrière. Rien ne peut m’arriver. Pourquoi, moi qui aime tant les sommets des Alpes, je respire à plein poumons cette campagne plate comme une limande ? Pourquoi, moi qui lutte pour des conditions de vie décentes pour tous, je me trouve bien dans ce pays qui a connu l’exploitation des enfants au XIXe siècle, et qui est, aujourd’hui, le roi des petits boulots ? Pourquoi citoyen d’une République, je me sens à l’aise au milieu des sujets d’une reine ? Ne cherchez pas, je n’ai moi-même aucune réponse. Certainement l’effet d’un British Spirit bienveillant et très accueillant, ou je ne sais de quel autre « truc bizarre et illogique » Mais pour être honnête, à cet instant, je ne me pose pas ce genre de question. Je roule l’aiguille de la boussole bloquée sur « The North ». D’ailleurs un signe ne trompe pas. La boussole le fait d’elle-même. Etrange cette complicité, non ?
Les copains, s’arrêtent. Je m’arrête aussi, tel un automate. Il faut bien boire, manger, pisser et discuter un peu ?

DSC 0432 petitC’est vrai. Mais on repartira vite. Le soir nous avons bivouaqué dans une espèce de ranch où les motos tels de fidèles chevaux se reposaient au pied des chambres. J’oubliais, en passant, nous avons visité le National Motorcycle Museum de Birmingham. Les photos parlent d’elles-mêmes. Une vraie merveille.DSC 0278 petit
Le lendemain, on incline notre parcours un peu à l’Est ,en direction de la mer. Les Anglais, quand ils ne sont pas sur l’eau, ne sont jamais très éloignés d’une mer. Et en ce moment nous sommes anglais (à part la langue). D’ailleurs le « Full British Breakfast » du matin et la bière de la veille sont des indices qui ne trompent personne.
Scarborough, la mer, l’hôtel type second empire français sont là qui nous attendent, DSC 0600 petitmajestueux. Le Hall, haut comme un tour Eiffel, large comme le Queen Mary n’est pas fait pour nous et nos tenues de vieux loups un peu sauvages. Marins le jour, marins la nuit, nous dormirons dans la soute à charbon au deuxième sous-sol. Magnifiques chambres avec point de vue sur la mer, mais point du tout. Ni fenêtre, pas même un hublot, nous apprenons une nouvelles spécialité de la marine royale : sous-mariniers. Rien n’ébranle notre moral. Du coup, nous oublions la route pour ne vivre que pour la course.
C’était le but de notre montée au Nord. Un circuit magnifique, un paddock de rêve avec des gros bras à moto ou en convalescence, des courses à couper le souffle à quelques mètres des spectateurs. olivers mount circuit map cropped petitMêmes les plus blasés - ce genre de spécimens existe-t-il pour les courses sur route en GB ? – en prennent plein les yeux. Des freinages à mort juste après un départ canon pour négocier la première épingle, avant une accélération du feu de dieu pour dévorer la première petite côte. Un droit assez large avant un gauche à 90° (le genou dans le gazon, les fesses du singe également. Une grande droite, on revient dans le petit bois avec un grand gauche puis une épingle et une enfilade avant d’attaquer le « Jump » en pleine descente et une dernière chicane. Il y eut un tour et des émotions fortes, très fortes. Suivant les courses, il en restait ou cinq ou sept. Les courses s’enchaînent. On croise les copains au gré des emplacements que l’on choisit. Chacun explique aux autres ce qu’il a vu, entendu, vécu. Pas de doute on est dans la course. A les entendre on dirait presqu’ils viennent de poser leur moto au stand et qu’ils racontent leur course au reporter de la BBC. Ils sont comme ça, mes copains.
DSC 0988 petitEt c’est comme cela que je les aime. Le soir retour au sous-marin mais avant les bars de bord de mer nous ouvrent leurs portes. Nous refaisons les courses, le monde. En fait comme d’hab !!
Lundi, après quelques kilomètres de route, nous retrouvons l’autoroute avec d’autres panneaux : « The South ». Bon c’était bien aussi d’être encore une journée avec les copains mais je n’ai pas envie d’en parler de peur que ça gomme ce que j’ai vécu, ce que nous avons vécu « in The North ». Promis, juré, j’y retournerai, nous y retournerons « to The North ».

Serge Grandvaux